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jeudi 5 août 2021

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Hommage : Les années de gloire de l’architecture moderne au Maroc

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PATRICE DE MAZIERES

Patrice De Mazières, architecte émérite qui a marqué de sa pensée singulière l’architecture du 20ème siècle, n’est plus. En 2013, il nous a reçus dans son bureau et laboratoire d’idées pour nous confier son parcours et quelques anecdotes. Nous partageons avec vous cet entretien réalisé pour le magazine A+E, pour lui rendre hommage et faire un saut dans les prémices de l’architecture moderne au Maroc.

Avec feu son associé, complice et ami Abdeslam Faraoui, Patrice De Mazières a traversé le 20ème siècle en y laissant son empreinte indélébile: une architecture austère et sincère avec le béton brut comme moyen d’expression. Leur aventure commune, qui dura plus de 20 ans, passa notamment par la restructuration d’Agadir. Petites confidences pour la postérité.

A+E // Dans quelle condition votre famille s’est-elle installé au Maroc ?

Patrice Demazières // Mon grand père maternel, Adrien Laforgue,  était architecte et travaillait sous le protectorat. Il est d’ailleurs arrivé au Maroc  en 1912. Il faisait partie d’un groupe d’architectes européens appelés au Maroc par le Maréchal Lyautey. Il a construit quasiment  tout le centre de Rabat : la poste les anciens ministères. Et à Casablanca la célèbre Poste Centrale et la Cité Ouvrière de l’Officie Chérifien des Phosphates. Il exerça jusqu’à son décès en 1952.

A+E // Et vous ?

P.M // Moi je suis né à Rabat en 1930. Puis après le baccalauréat, je suis allé en France pour faire mes études d’architecture à l’Ecole Spéciale d’Architecture à Paris. C’est là que j’ai rencontré mon ami, complice et futur associé Abdeslam Faraoui. De retour au Maroc en 1962, juste après le tremblement de terre d’Agadir, j’ai travaillé à la reconstruction de cette ville.

A+E // Quel organisme faisait appel aux architectes ?

P.M // C’était le Haut Commissariat à la Reconstruction qui était dirigé à l’époque par Mourad Benembarek, nouvellement Directeur de l’Urbanisme,  qui venait juste de prendre le poste de  Abdeslam Faraoui qui, lui, avait décidé de s’installer comme architecte privé. Ensemble nous avons réalisé pratiquement tous les bâtiments du nouveau centre urbain.

A+E // Avez-vous eu des instructions spécifiques pour faire une architecture homogène ?

P.M // Non pas d’instructions précises. Cependant, à cette époque la charte d’Athènes était un peu comme notre bible.  Nous avions alors suivi nos ainés dans cet esprit : Louis Riou, Henri Tastemain, Elie Azagury… Ensemble ils ont institué  cette architecture de béton brut, et de murs blancs.

A l’époque nous étions des débutants on s’est contenté de faire le suivi avec des urbanistes qui étaient chargé du plan directeur.

A+E // On dit aussi qu’à l’époque, ces architectes sont partis au Japon pour s’inspirer de l’architecture locale…

P.M // On a tous été influencé par cette architecture représentée par des architectes comme Kenzo Tange, aussi bien moi qu’Azagury, Tastemain, Zévaco…

A+E // L’épopée  de la reconstruction d’Agadir a duré combien de temps ?

P.M // Ca a duré 6 ans. A cette époque, le Palais Royal a fait appel à Le Corbusier. Il a donc débarqué à Rabat en avion pour repartir toujours en avion à Agadir. Malheureusement, il a y eu un terrible orage qui l’a obligé à faire demi-tour. Ainsi il est revenu à Rabat sans avoir vu Agadir. Il fut alors reçu par le prince Hassan II qui lui dit : « Maître, vous allez me construire une belle ville marocaine », ce à quoi Le Corbusier a répondu : « Monseigneur, vous savez ce que je fais, vous avez ici des architectes locaux sympathiques qui sont capables de le faire ». Et il est reparti sans avoir participé à la reconstruction d’Agadir !

A+E // Est-ce qu’Agadir a été construite sur le style  de Le Corbusier ?

P.M // Non pas du tout. La Charte d’Athènes fut appliquée au plan urbain mais le résultat ne fut pas au rendez vous. Tout l’intérêt d’Agadir se portait sur sa baie. Or, tout le centre urbain a été fait en retrait de cette baie. Toute la partie intéressante le long de la baie n’a pas eu l’effet escompté.

A+E // Que pensez-vous du discours du Roi Hassan II sur la marocanisation de l’architecture du 14 janvier 1985 ?

P.M // C’est une vieille histoire qui me rappelle un autre moment : celui de la construction du Mausolée Mohamed V. Il y a eu un groupe d’architectes dont Abdeslam Faraoui, qui lorsqu’il se trouvait sur le chantier a eu des paroles un peu critiques. Suite à quoi, le Roi Hassan II a convoqué ces architectes pour leur tirer les oreilles et le seul qui était un peu courageux, Abdeslam Faraoui, a dit « Majesté, mes confrères veulent faire de l’architecture contemporaine pour le mausolée de feu Mohammed V, avec une simple pierre tombale et non pas ce monument affreux». Suite à quoi le Roi a pris en grippe ce groupe d’architectes.

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