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vendredi 17 septembre 2021

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Hôtel Les Roses du Dadès – M’Gouna

Pourquoi les architectes doivent-ils fermement s’opposer au démembrement des œuvres de l’hôtel Les Roses du Dadès ?

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Fouad Akalay, ARCHITECTE

Le 30 mai 2021 est une date à marquer au fer rouge par la profession d’architecte au Maroc. Ce jour-là, la maison internationale de ventes aux enchères Artcurial vendra au mieux offrant, à Marrakech, plusieurs œuvres d’artistes aujourd’hui décédés, arrachées à l’hôtel Les Roses du Dadès M’Gouna dans l’écrin duquel elles étaient subrepticement glissées depuis un demi-siècle.

Cette construction prestigieuse de la fin des années 60 est le fruit de la conception du duo mythique d’architectes Abdeslam Faraoui et Patrice De Mazières.

Durant ces années la scène artistique du Maroc est en constante ébullition et connait une créativité sans limite. Les architectes visionnaires de cette époque proposent à leurs clients de faire participer peintres, sculpteurs et autres artistes nationaux aux ouvrages qu’ils vont construire, convaincus en celà que l’architecture peut être un moyen et un véhicule important du développement, de la reconnaissance et de la résurgence de ces métiers.

Les plafonds de Mohamed Melehi

Sous un substrat de réflexions sociales et politiques, véhiculant les idées velléitaires et sécessionnistes du moment, « L’école de Casablanca » menée les peintres Farid Belkahia, Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa coupe les ponts avec l’enseignement académique occidental qu’ils ont reçu. Ils abandonnent la « posture du chevalet » et créent ex nihilo la nouvelle modernité artistique marocaine. C’est l’explosion des figures géométriques et des nouvelles matières comme le bois ou la peau. Les générations suivantes vont s’inspirer pendant longtemps de ce trio avant-gardiste.

Cette symbiose heureuse entre art, architecture et artisanat va donner naissance pendant ces années d’effervescence politique et artistique, à des expériences où l’architecture s’enrichie considérablement de ces apports faisant la particularité notable de l’architecture marocaine.

Le groupe de Casablanca en 1965. A l’époque  Farid Belkahia est directeur de l’Ecole des Beaux-Arts

C’est le cas de cet hôtel à M’Gouna qui fait partie de ces nombreuses constructions érigées dans le cadre d’une politique touristique menée tambour battant par les gouvernements de l’époque. En effet, très tôt, le Maroc indépendant, à défaut de disposer d’une manne pétrolière qui aurait d’ailleurs ankylosé ses élites, a mis en place une politique touristique audacieuse en misant sur la trilogie « mer, plage et soleil », un gisement touristique « inépuisable ».

Ainsi ces architectes engagés et clairvoyants ont permis à des artistes, en l’occurrence Mohamed Melehi et Mohamed Chebaa, d’intervenir à l’intérieur de l’hôtel dont ils ont en charge la conception, pour proposer des plafonds peints et des claustras dont la conception a été faite en osmose totale avec le parti pris architectural.

Moucharabiah de Mohamed Chebâa

Ce faisant ces objets ne doivent pas être assimilés à des biens meubles mais à des biens immeubles par leur destination. En effet Ils ont été, dès le début, affectés à une destination précise : décorer les plafonds et permettre des cloisonnements ajourés sous forme de claustras.

Ainsi par leur attachement à perpétuelle demeure au bâtiment ils font partie des biens immeubles et in fine sont la propriété artistique à la fois des architectes et des artistes dont ils se partagent la paternité.

A cet égard et en vertu de la nature immobilière des œuvres il est du devoir du Ministère de la Culture d’entamer une procédure d’urgence afin de protéger ces bâtiment emblématiques et représentatifs des plus belles constructions d’une époque, contre la dépravation dont ils ont été l’objet puisque les œuvres, parait-il, ont déjà été démantelées.

L’ordre des architectes, empêtré dans des élections nationales, plusieurs fois reportées à cause de la COVID 19, et dont personnellement je n’ai pas vu passer un communiqué ou une quelconque manifestation officielle ou prise de position à cet égard doit également se manifester pour défendre les architectes spoliés.

Cette démarche est capitale car, à ma connaissance, c’est le première fois qu’un tel phénomène se produit. Il y a donc lieu de légiférer et de faire jurisprudence afin de protéger de futurs œuvres qui pourraient faire l’objet de préjudices similaires.

Signez la pétition initiée par la société civile et l’association MAMMA

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Fouad Akalay, ARCHITECTE
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