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jeudi 22 avril 2021

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Double peau, adjectif ou substantif, une amphibole positive.

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De par sa fonction qui oscille constamment entre forme et fonction, et sa qualité, en architecture, de séparer deux mondes, l’extérieur et l’intérieur du bâtiment, la peau est intrinsèquement et formellement porteuse d’un caractère amphibolique. Emprunté au latin amphibolicos, lui-même issu du grec ancien amphibolos qui veut dire « jeté autour », cette locution n’a jamais aussi bien porté son nom que dans l’expression de l’architecture actuelle.

Evidemment, l’on pourrait jouer uniquement sur la contradiction mais ce serait faire simple et trahir l’édifice et son concepteur. De nos jours, l’architecture bavarde ainsi. à l’instar du téléphone portable, des réseaux sociaux, d’internet et de ses nombreuses applications, l’architecture se veut communicative : elle est devenue accessible et compréhensible pour le plus grand nombre.

Mais, paradoxalement, dans cette ambivalence, elle décide également de ne pas lever le voile et de tout garder pour elle. Ne rien laisser transparaître ni de sa fonction, ni de son utilisation. La double peau en façade est un parti pris, à la fois fonctionnel et esthétique, car entre le jeu des ombres et celui des couleurs, les textures se révèlent.

à l’image du siècle, en architecture, l’apparence furtive a pris le dessus comme la mode sur l’habillement : le choix vestimentaire se veut être une image de nous-mêmes. Ne dit-on pas que c’est la première impression qui compte ? Et celle-ci est uniquement basée sur un jugement physique et visuel. Ainsi va le monde.

En psychanalyse « Freud confère au thème du double une dimension
intégrant les points de vue économique, topique et dynamique. Il prolonge, tout en s’en dégageant, une tradition philosophique et romancière. Pour lui, le « motif du double » n’est pas un simple trouble de la représentation de soi ou un avatar de la construction du moi ; il a une double portée, comme organisme du moi et comme témoin du fonctionnement ou du
dysfonctionnement de l’inconscient »*.

Ainsi, en dehors des aspects techniques, largement documentés dans ce numéro, l’enveloppe du bâtiment représente indéniablement un enjeu
majeur, à la fois pour le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Elle leur permet d’inscrire l’ouvrage dans son époque, de se démarquer ou de
s’intégrer au cadre environnemental. L’identité du bâtiment est au premier plan, et les modes de symbolisations sont radicalement différents selon les registres psychiques mobilisés.

*Docteur Pierre Decourt dans « Le double : fonctions et paradoxes ».

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