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mardi 15 juin 2021

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Hôtel Felfla – Tamanar

Un hôtel mobile et autonome

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ARCHIBIONIC / MYRIAM SOUSSAN & LAURENT MOULIN

Au milieu d’une forêt d’arganiers quelque part entre Essaouira et Agadir se développe un petit hôtel de plain-pied 100% autonome, dépliable et escamotable au gré de ses occupants. Son terrain en forme de piment lui a conféré son nom : Hôtel Felfla. Cet édifice atypique et audacieux est la preuve qu’une architecture alternative et réellement innovante est possible au Maroc. Projet réalisé par Myriam Soussan et Laurent Moulin

La terre est ocre et caillouteuse, et l’abri de fraîcheur qu’offre la frondaison des arganiers dans ce climat aride est autant de quiétude et de sérénité que cet abri d’un genre nouveau qui a vu le jour sur ces terres arides : un écrin immaculé dont les découpes sur la façade laissent deviner autant d’ouvertures et de possibilités…

Conçue dans l’esprit des lodges dans les réserves africaines, cette maison d’hôtes insolite inspire une nouvelle façon de vivre l’espace. Autour d’un patio avec piscine s’articulent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre quatre chambres, deux douches et deux toilettes sèches communes, ainsi que la cuisine. Une cinquième chambre et un espace de vie collectif que forment trois espaces contigus, constituent une bande qui vient se greffer à ce carré parfait.

Ici, tout est pensé pour que l’hôtel fonctionne en autonomie et en autarcie totales (récupération des eaux de pluies, énergies renouvelables, déchets recyclés, revalorisation des eaux usées). La nappe phréatique se trouvant à 300 mètres de profondeur, l’intégralité de l’apport en eau provient de la récupération des eaux pluviales stockées dans deux citernes creusées dans le sol. Les eaux grises traitées sont intégralement recyclées en eau d’arrosage du jardin par un système de goutte à goutte automatisé. Le compost, produit des toilettes sèches et de tous les déchets organiques de cuisine, est l’unique engrais du jardin potager qui fournit la table d’hôtes en légumes frais tout au long de l’année.

« Architecturalement, le bâtiment fermé s’apparente aux maisons traditionnelles de la région, cube blanc épuré, mais petit à petit, lorsqu’il se déploie il révèle des façades sans cesse différentes. Il fonctionne comme un grand meuble à multiples tiroirs : volets épais, baldaquins ou cabines de toilettes, pont-levis, bureau ou assises : tous ces éléments pivotent, se déplacent ou basculent pour créer de multiples configurations spatiales. A un certain degré de mobilité, c’est l’architecture même qui est non identifiable : elle se transforme sans cesse pour épouser l’humeur de son occupant. Elle devient une représentation non pas d’elle-même, figée dans la vision univoque de son créateur, mais véritablement de l’usager du moment. Ludique et fonctionnelle, cette architecture fait plus qu’accueillir l’utilisateur, elle l’interpelle, le questionne, le fait réagir et en fin de compte, le fait se sentir vivre ».

Le style radicalement contemporain et minimaliste, et la dimension écologique de cet hôtel se traduisent par une simplicité presque déconcertante, qui rappelle d’une part ses influences revendiquées de l’Arte Povera et du Land Art, et d’autre part le principe de fonctionnement de ces petites « boîtes magiques » en thuya produites par les artisans d’Essaouira, dont certaines parties coulissent et laissent entrevoir des compartiments secrets.

Les architectes expliquent qu’ils ont pris la décision de développer par leurs propres moyens ce projet d’hôtel, ainsi qu’un projet antérieur d’habitat autonome dans la médina de Rabat : « Aucun maître d’ouvrage marocain ne nous a jamais consultés pour la dimension écologique de notre travail. Nous avons donc décidé de développer nous-même deux projets en autofinancement, totalement autonomes en énergie et en eau et gérant localement leurs déchets. Nous pensons qu’il faut maintenant des exemples plus que des discours, et des exemples sans concessions. (…) Ces deux projets seront à la fois des ateliers d’expérimentation et des « showrooms » permettant aux particuliers d’appréhender une réalité ».

Myriam et Laurent font partie des très rares architectes qui prennent position quant aux problèmes et aux enjeux socio-écologiques de leur métier. Pour eux, l’apport de l’architecte ne relève pas que de la seule image, mais a bien un impact écologique et social à moyen et long terme. Plus qu’une contrainte, la prise de conscience écologique se doit d’être l’occasion d’une remise en cause profonde de l’architecture, même si cela relève parfois du parcours du combattant.


Dans cette région aux paysages lunaires, où il n’est pas rare de voir des chèvres sur les branches d’arbres qui ne poussent nulle part ailleurs sur la planète, on ne s’étonne presque pas de voir une bâtisse vivre et se mouvoir au rythme de ses habitants. Cette architecture endémique de Myriam Soussan et Laurent Moulin nous apprend qu’il est possible d’habiter autrement, et surtout, qu’il est possible de vivre autrement. Comme elle, ils sont entiers et fidèles à leurs engagements, totalement, passionnément.

Ces architectes ouvrent la voie. Un nouveau sillage est tracé, comme le serait une œuvre de Richard Long.

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