40ᵉ Journée Nationale de l’Architecte : Chakib Benabdellah et l’avenir de la profession

À l’heure où la profession se confronte à de profondes mutations, Chakib Benabdellah, président du CNOA, profite de la 40ᵉ Journée Nationale de l’Architecte pour interroger le sens, la place et la responsabilité de l’architecte dans la construction du Maroc de demain. Organisée le 15 janvier à El Jadida, cette rencontre annuelle a rassemblé les architectes des secteurs public et privé, aux côtés des principales institutions de la profession.

A+E // Que représente cette 40ᵉ Journée Nationale de l’Architecte pour la profession et son évolution au Maroc ?

Chakib Benabdellah : Cette 40ᵉ édition n’est pas une simple commémoration. C’est un moment de sens et un moment de responsabilité. Elle s’inscrit dans une continuité forte : celle ouverte par le Discours fondateur de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II en 1986, prolongée par le Message Royal adressé aux architectes en 2006 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et réaffirmée aujourd’hui à travers les orientations exprimées notamment dans le Discours du Trône du 29 juillet 2025, appelant à un développement territorial plus équitable et plus intégré.

Pour la profession, cela signifie une chose évidente : l’architecte n’est pas un acteur périphérique du développement, il en est un pilier. Cette journée marque un moment de vérité : celui où la profession doit pleinement assumer sa mission au service de l’intérêt général, des territoires et des citoyens, dans un Maroc en plein développement.

A+E // Pourquoi la collaboration entre architectes du secteur public et du secteur privé est-elle aujourd’hui essentielle au développement territorial durable ?

C.B. : Parce que les enjeux auxquels nos territoires font face dépassent les cloisonnements traditionnels. L’architecte du secteur public apporte une vision stratégique, une connaissance fine des politiques territoriales et des cadres réglementaires. L’architecte du secteur privé, lui, apporte la créativité, la proximité avec le terrain, la capacité d’innovation et d’adaptation aux besoins concrets des citoyens.

Quand ces deux compétences travaillent en complémentarité, on obtient des projets plus justes, plus cohérents, durables. Cette synergie n’est plus un choix c’est une condition de réussite pour la construction de territoires équilibrés et inclusifs.

A+E // Quelles priorités majeures doivent émerger des débats autour de l’équité territoriale et de l’assistance architecturale ?

C.B. : La première priorité, c’est l’accès équitable à l’architecture. Trop de territoires, notamment ruraux ou périphériques, restent encore en marge d’un accompagnement architectural de qualité. Nous devons également renforcer l’assistance architecturale au bénéfice des citoyens les plus vulnérables, simplifier le chemin, rendre notre profession plus accessible, plus compréhensible, plus proche.

Enfin, il est essentiel de valoriser les identités locales, les savoir-faire, les matériaux du territoire, pour que le développement ne soit pas uniforme sans caractère mais bien enraciné dans les réalités culturelles et sociales de chaque région.

A+E // Quelle vision le CNOA porte-t-il pour renforcer le rôle de l’architecte dans les politiques publiques et au service du citoyen ?

C.B. : Notre vision est claire : l’architecte doit être reconnu comme un acteur central de l’intérêt général. Il s’agit de reconstruire le lien de confiance entre l’architecte, l’institution et le citoyen. Trop souvent, l’architecte est perçu comme éloigné des préoccupations quotidiennes. Notre ambition est de repositionner la profession comme un acteur accessible, utile et engagé, capable d’accompagner, d’écouter les territoires et de proposer des solutions concrètes aux besoins réels.

Cela suppose de valoriser davantage la dimension humaine du métier, de renforcer la présence des architectes dans les territoires, d’encourager leur implication dans les dynamiques locales et de faire de l’architecture un service compréhensible, proche et au bénéfice direct des citoyens. L’architecte de demain doit être à la fois concepteur, médiateur, conseiller et acteur du développement durable.

A+E // Un dernier message à transmettre aux architectes ?

C.B. : Je voudrais leur dire simplement ceci : notre métier a profondément du sens. Dans un contexte de mutations rapides, de tensions territoriales, de besoins sociaux croissants, l’architecte reste un acteur indéniable du vivre-ensemble. Je les invite à croire en la valeur de leur rôle, à renforcer la solidarité entre confrères, à s’ouvrir davantage aux citoyens et aux territoires. L’avenir de la profession dépend de notre capacité à rester unis, utiles, engagés et responsables.


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