À 26 ans, Abdelbadiâ Belghiti appartient à cette jeune génération d’architectes pour qui le patrimoine n’est pas un décor mais un territoire vivant. Son parcours, d’une maturité rare, dessine déjà les contours d’une pratique exigeante, où la conception ne s’arrête jamais au dessin mais s’ancre dans la matière, le contexte et la réalité constructive. Diplômé de l’Université Internationale de Rabat, il développe une architecture pensée comme un dialogue constant entre héritage et invention, entre rigueur intellectuelle et intuition sensible.
LE PATRIMOINE COMME ÉCOLE
Très tôt, le patrimoine devient son terrain d’apprentissage. À 19 ans, il participe au suivi de la rénovation de Bayt Dakira à Essaouira, aux côtés de l’architecte Isabel Timsit. Ce chantier agit comme une initiation : comprendre la mémoire des lieux, dialoguer avec l’existant, intervenir sans effacer. Essaouira, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, devient alors un laboratoire intime où il apprend que restaurer, c’est avant tout écouter.
Cette relation à la ville se prolonge dans son travail de thèse consacré à la réhabilitation du Mellah d’Essaouira. Loin d’un exercice académique, le projet interroge le devenir d’un tissu urbain chargé d’histoire. Sa pertinence attire l’attention d’acteurs institutionnels et culturels, révélant un jeune architecte capable de penser simultanément l’échelle patrimoniale et les usages contemporains.
Son intérêt pour la préservation dépasse le chantier physique. Il participe à un projet de digitalisation du patrimoine marocain présenté à Audrey Azoulay lors de la commémoration des dix ans de l’inscription de Rabat au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour lui, les outils numériques ne remplacent pas la mémoire : ils la prolongent.
À 24 ans, il contribue à la revalorisation du site archéologique de Sijilmassa, l’un des plus vastes du Royaume. Cette expérience, menée en collaboration avec des experts italiens et l’Università degli Studi di Firenze, élargit son champ d’expertise vers l’ingénierie et les systèmes constructifs complexes. Encadré par Imane Bennani, architecte et directrice de l’école d’architecture de l’UIR, et soutenu par le Ministère de la Culture, le projet renforce sa capacité à travailler à l’intersection de la recherche, de la technique et de la mémoire des territoires.



YBAB CONSTRUCTION : L’ARCHITECTURE EN ACTION
Cette vision se concrétise avec « YBAB Construction », structure qu’il cofonde avec Yassir Benwahoud. L’agence adopte une approche globale : architecture, rénovation, design, exécution. L’attention portée à la fabrication, à la justesse des détails et à la dimension artistique des projets commence à attirer l’attention du milieu professionnel.

UNE RECONNAISSANCE SYMBOLIQUE
La rencontre avec André Azoulay, autour de la réhabilitation du Mellah d’Essaouira, agit comme un moment charnière. Elle consacre la pertinence d’une démarche où patrimoine et contemporanéité cessent de s’opposer. À travers ce dialogue, se dessine la reconnaissance d’un jeune talent qui incarne une génération attentive, responsable et profondément ancrée dans la mémoire des villes marocaines.
UNE TRANSMISSION FONDATRICE
Durant sa formation, une figure marque profondément sa trajectoire : le professeur Abdelkerim Tahti. De cet enseignement, Abdelbadiâ retient une discipline du projet presque ascétique, une attention au détail et une responsabilité vis-à-vis de l’acte de bâtir. Cette transmission façonne un regard méthodique mais jamais figé, où chaque projet devient un exercice d’équilibre entre pensée abstraite et réalité constructive. À seulement 26 ans, Abdelbadiâ Belghiti fait partie de cette génération d’architectes consciente et ancrée, dans son histoire autant que dans la contemporanéité du Maroc.





