MOHAMED HAMZA ENNAKI-LE CROBARDEUR

COLLECTOR DES ARCHITECTES ÉMERGENTS - VOLUME II

Mohamed Hamza Ennaki
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L’éducation que j’ai reçue à école d’architecture a imprimé, dans chacun des processus conceptuels que j’essaie de mener, l’appétence pour les choix architecturaux maîtrisés et justifiés (par les contraintes élémentaires du lieu, le climat, la société, l’économie, la technique – que je croise à un imaginaire de référentiels plastiques inévitablement présents) et la répulsion des artifices et de la malhonnêteté intellectuelle dans l’acte de concevoir l’habitat.


1// UN IMMEUBLE EN BORD D’EAU OU MONTPELLIER QUI VA À LA MER

SOUS LA DIRECTION DE GILLES CUSY ARCHITECTE, EN COLLABORATION AVEC KIWON HONG ARCHITECTE.

L’immeuble en bord d’eau est un projet de réflexion qui se positionne sur l’ambition éternelle de Montpellier de se connecter à la mer méditerranée. Les prémices du processus conceptuel prennent leurs sources dans certaines manifestations architecturales et plastiques casablancaises particulières. Parmi elles le « nid d’abeilles » signé TeamX. Hamza aime l’idée que la grande architecture est celle des réalisations qui savent se rendre utiles pour répondre avec précision et humilité à des problèmes réels. Pour répondre à l’arrivée massive d’une population marginalisée vers Casablanca, TeamX dessine des plans de logements qui se révéleront adaptables et évolutifs. Lorsqu’il a pu apprécier la façon dont cette architecture émet des qualités plastiques et fonctionnelles évidentes, Hamza a émis une hypothèse de travail qui, selon lui, a le pouvoir de répondre aux enjeux d’un habitat de qualité, libre, appropriable, économique, adapté à son climat et à son environnement, pour Montpellier qui va à la mer. Hamza a pu identifier des espaces résiduels ayant un fort potentiel économique. La façon dont ces bouts de territoires rencontrent les plans d’eau, le poids du ciel qui coince des horizontales, les reflets, la structure verticale, répétitive, très fine des ports à sec dessine des effets plastiques très intéressants. Le projet, qui vient se poser sur l’un de ces sites, est la résultante du croisement de son imaginaire plastique, des qualités plastiques et fonctionnelles du site, de l’identification des réels besoins en logements économiques et de la mesure élémentaire du lieu (climat, orientations…). Ce sont des logements suspendus sur une friche par une structure très fine, qui ressemble à celle des

« étagères à bateaux », dont la composition permet une très grande latitude d’appropriation par l’habitant. Plein nord, le volume est fermé à la perte des calories. L’immeuble sur l’eau tourne le dos à un paysage exceptionnel auquel les habitants peuvent prétendre, ponctuellement, grâce à des petites ouvertures depuis les chambres. plein sud, par un jeu de panneaux coulissants en polycarbonate. L’appropriation de l’habitat s’exprime en fabricant une esthétique répétitive, colorée et animée par les usages des gens.

2// ENTREPÔT LOGISTIQUE – AIN ATIQ

(EN COLLABORATION AVEC LE CABINET D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME ABDERRAHIM ENNAKI, YOUSSEF GUYAS ET YASSINE SABOUR, PROJETEURS).

Ce projet vient se poser dans un paysage assez commun de la zone industrielle, où l’esthétique et la fonction des bâtiments sont assez banals. Un paysage commun, une esthétique banale : l’opportunité de faire un projet qui tire sa force dans l’affirmation des évidences, qui fait l’éloge de la banalité, qui empêche de tomber dans un travail conceptuel d’illusionniste.

D’étroites et longues ouvertures se répètent et viennent canaliser l’apport en lumière, apportent l’air, cherchent une vue correcte plein est. Les enduits sont blancs, le soubassement du bâtiment est habillé en pierre grise, foncée, calepinée. Des arbres alignés au niveau du recul réglementaire viennent adoucir la trop forte présence minérale et faire de l’ombre aux voitures des employés.

Le bâtiment, loin d’être ostentatoire, révèle cependant certaines qualités esthétiques, se fond dans le paysage et espère vieillir paisiblement dans son environnement.

3// LES ORANGES

architecture

Hamza aime beaucoup peindre durant son temps libre, sous le pseudonyme du “Crobardeur”. Cette réalisation en acrylique (Les Oranges, acrylique sur papier épais, 37x47cm) tente de dépeindre les valeurs et les idéaux qui l’animent aujourd’hui dans la pratique de l’architecture, de la peinture, dans son rapport à l’environnement et aux gens qui l’entourent (simplicité, franchise).

Oranges posées sur un plan bleu clair, sur fond bleu.

Hamza aime peindre les choses communes, évidentes et apparemment « insignifiantes » pour essayer, comme lui appris son professeur, Jean Leccia, d’en révéler la beauté, la force, la complexité en dessinant la couleur, la lumière, et les ombres avec intuition et simplicité.

Cette peinture rappelle à quel point peuvent être belles les oranges.

4// MAISON INDIVIDUELLE – BERRECHID

(EN COLLABORATION AVEC LE CABINET D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME ABDERRAHIM ENNAKI)

Il s’agit d’une maison qui vient se poser sur un terrain de 600m2 et dans laquelle viennent se superposer sur 3 niveaux (Sous-sol, rdc, étage) les éléments de programme typiques de la famille marocaine moderne. Un travail d’école a été fait par Hamza et le reste de l’équipe pour fabriquer le volume assez sobre de cette maison, sans toutefois trop s’éloigner des codes esthétiques retenus par la famille. Plein nord, de petites ouvertures dimensionnées comme il faut viennent baigner les espaces d’une lumière diffuse caractéristique de cette orientation, sans trop perdre de calories. Plein sud, les espaces s’ouvrent généreusement sur un beau jardin, une piscine, sans trop en faire.

architecture

La maison est très simplement recouverte d’un enduit blanc et les menuiseries en aluminium projetées en gris anthracite. Le jardin est aménagé de plantes méditerranéennes rafrai- chissantes spécifiques à la région pour faire beaucoup d’ombre dans ce coin très ensoleillé du Maroc et atténuer la sévérité paysagère de ce lotissement encore à ses débuts d’aménagements.

A PROPOS DE Mohamed Hamza Ennaki

Mohamed Hamza Ennaki est né en 1990. Après un diplôme d’architecte obtenu en 2015 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier, il collabore avec quelques agences d’architecture, dont celle de son père à Casablanca et celle d’un ancien ami d’école à Aix-en-Provence, avant de mener une expérience personnelle très enrichissante dans l’enseignement en tant que chargé de TD à l’École d’Archi- tecture de Rabat UIR. Depuis mars 2021, Hamza est gérant de son propre atelier d’architecture à Casablanca.

Fortement imprégné par l’enseignement méditerranéen reçu à école et par quelques-unes de ses rencontres et quelques- uns de ses voyages, Hamza essaie chaque jour de répondre aux enjeux du lieu, du climat, de l’économie, de la technique, pour la fabrication d’un habitat de qualité.

ARTICLE PAR La rédaction
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