Claude Parent, l’architecte qui fit vaciller le sol

Quand l’architecture cesse d’être sage

Visionnaire intraitable, théoricien subversif, Claude Parent (1923–2016) n’a jamais accepté que l’architecture se contente d’être un décor. Il la voulait active, physique, presque indocile. En inventant la fonction oblique, il ne s’est pas contenté d’incliner les plans : il a déplacé les corps, dérangé les habitudes, remis en question l’ordre établi.


Pour Claude Parent, la forme n’est jamais gratuite. Elle est un moyen, un levier et bien sûr un manifeste. Libérer le corps dans l’espace, redonner à l’architecture une dimension sensorielle, politique, presque charnelle : telle était son ambition.

L’OBLIQUE COMME GESTE DE RUPTURE

Dans les années 1960, alors que le fonctionnalisme impose ses lignes droites et ses sols rassurants, Claude Parent choisit la pente. Aux côtés de Paul Virilio, il fonde Architecture Principe et développe une théorie radicale : l’espace ne doit plus être stable, mais actif. Le sol devient un plan incliné, les murs cessent d’être des repères immuables.

Des maisons expérimentales à l’église Sainte-Bernadette du Banlay, en passant par le Pavillon français de l’Expo 67 à Montréal, ses projets invitent moins à la contemplation qu’à l’expérience. Le corps est sollicité, mis en mouvement, parfois déstabilisé. L’architecture devient un terrain d’engagement physique et mental.

CONSTRUIRE DES SITUATIONS, PAS DES OBJETS

Claude Parent refusait l’idée d’un style figé. Ce qui l’intéressait, c’était la situation créée par l’espace. Le déséquilibre assumé. La tension comme moteur de perception. Là où l’architecture moderne cherchait à rationaliser et à normaliser, Parent introduisait l’incertitude.

Son œuvre ne cherche pas le confort immédiat. Elle provoque une prise de conscience. Elle rappelle que l’architecture n’est pas neutre et qu’elle participe, volontairement ou non, à la manière dont les corps se déplacent, se rencontrent et se positionnent dans la société.

TRANSMETTRE PAR LA CRITIQUE

L’influence de Claude Parent s’est largement diffusée par l’enseignement de l’architecture, l’écriture et le débat. Jusqu’à la fin, il a défendu une architecture indissociable de la pensée critique. Aujourd’hui encore, son héritage se lit chez celles et ceux qui interrogent le sol, la gravité, le vide, et qui refusent de réduire l’architecture à une simple réponse fonctionnelle ou esthétique.

UNE MODERNITÉ TOUJOURS EN TENSION

À l’heure où l’architecture est souvent soumise à des impératifs de performance, de rentabilité ou de standardisation, la pensée de Claude Parent agit comme un rappel essentiel. L’espace doit provoquer, interroger, parfois déranger. Il doit offrir autre chose qu’un cadre lisse et prévisible.

La « modernité » de Claude Parent réside précisément là : dans sa capacité à rester inconfortable, à résister à toute domestication. Construire, pour lui, n’était jamais un acte innocent. C’était une prise de position. Comme il aimait le rappeler : « Je ne construis pas des maisons, je construis des situations. » Des situations instables, vivantes, ouvertes, capables de réveiller le regard et le corps.

LE PRIX CLAUDE PARENT POUR PROLONGER L’ESPRIT

Dans cette logique de transmission active, la 2ᵉ édition du Prix Claude Parent est ouverte aux candidatures pour les architectes du monde entier. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 mars 2026.

Nous encourageons vivement les architectes marocains à participer à ce prix international exigeant, qui distingue une architecture de pensée, de posture et d’engagement critique.

Cliquez sur le lien : https://www.prixclaudeparent.org/


ARTICLE PAR Frou Akalay
CRÉDIT PHOTO © Pierre Bérenger

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