Fenêtre sur Azemmour : quand la broderie devient mémoire, paysage et récit de femmes

La finesse des couleurs et des motifs traditionnelles qui touche tant

À travers une toile brodée à la main, Fenêtre sur Azemmour ouvre une parenthèse poétique sur une ville millénaire, racontée non par des mots, mais par des fils. Porté par le projet artistique Map My City, ce récit textile révèle une cartographie intime et sensible d’Azemmour, façonnée par le geste patient des brodeuses, où la mémoire urbaine se transmet par la matière et le temps. À l’origine de cette démarche, Lina Meskine, architecte et enseignante, inscrit sa pratique à la croisée de l’architecture, de l’engagement citoyen et de la création artistique. Au sein de l’association Global Shapers Rabat, elle explore de nouvelles formes de narration urbaine, participatives et profondément humaines, où la ville se lit autrement, à hauteur de main, de regard et de sensibilité.


LA BRODERIE COMME UNE CARTE COLORÉE DU CŒUR

Imaginée comme une grande carte postale naïve, la toile brodée restitue Azemmour telle qu’elle vit dans la mémoire de ses brodeuses. Latifa, Fatima, Bahija et Chaibia y cousent leurs souvenirs d’enfance, leurs paysages aimés, leurs absences aussi. Le fleuve Oum Rabia y serpente encore, peuplé de mouettes et d’aloses disparues, la médina se dessine derrière ses fenêtres bleues, et l’arrière-pays renaît sous des champs fleuris et généreux.

Chaque point devient un fragment de récit, chaque couleur une émotion retrouvée. La broderie ne fige pas la ville : elle la fait vibrer, entre nostalgie et beauté persistante, transformant le tissu en territoire vivant.

LE TERZ ZEMMOURI, GARDIEN D’UN IMAGINAIRE ANCESTRAL

Au cœur de cette œuvre, le « terz zemmouri », broderie emblématique de la région, déploie son univers floral et animalier, nourri par la nature foisonnante et l’histoire mystique d’Azemmour. Dragons, plantes, symboles anciens émergent du coton, portés par des gestes transmis de génération en génération.

Ici, la broderie dépasse l’ornement : elle devient langage, héritage et acte de transmission. Les brodeuses, véritables gardiennes de la mémoire locale, inscrivent dans la toile l’âme d’une ville parfois oubliée. À travers leurs mains, Azemmour se raconte autrement, douce, puissante, intime, comme une confidence cousue fil après fil.


ARTICLE PAR Yasmina Hamdi
CRÉDIT PHOTO © Mounir Barji

Les plus lus

# à lire aussi

Marrakech : Archéologies à Dar Bellarj

Archéologies est la première exposition du cycle Architecture(s) initié...

1-54 Marrakech : à la découverte des arts contemporains

À l’occasion de la Gallery Night de la foire...

Ghizlane Agzenaï, Dimension 2112 : The Station

Après un premier chapitre présenté en 2023 à Casablanca,...

Comptoir des Mines : exposition Najia Mehadji et Yamou « Les natures invisibles »

La galerie L’Atelier 21 présente Les natures invisibles, une...

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page