Mikoü Architectures : une vision à deux voix

Salwa Mikou et Salma Mikou développent une manière singulière d’aborder les projets : deux personnalités, deux sensibilités, mais une acuité commune. Leur dialogue constant est devenu une véritable méthode de travail. Quand elles évoquent l’architecture, leurs réflexions se répondent, se complètent, jusqu’à dessiner une vision d’une remarquable cohérence. Chez elles, pensée, intuition et matière s’articulent dans un même mouvement créatif. Nées à Fès, elles déploient leur carrière à Paris où elles fondent en 2008 « Mikoü Architectures », une agence pensée comme un laboratoire plutôt qu’un simple bureau.


Elles la décrivent elles-mêmes comme une « manufacture d’architecture » : un lieu où se croisent ingénierie, artisanat, haute technologie et expérimentation constructive. Le mot manufacture n’est pas anodin. Il témoigne de leur fascination pour l’assemblage, pour la précision du détail, pour cette poétique discrète qui naît quand les savoir-faire deviennent structure essentielle.

Leur travail a rapidement trouvé un écho sur la scène internationale, puisqu’en 2014, elles ont été choisies parmi d’autres architectes pour représenter le Maroc lors de la XIVe Biennale d’Architecture de Venise, placée sous le thème « Fundamentals » et dirigée par Rem Koolhaas (OMA). Enseignantes, conférencières, membres du Royal Institute of British Architects (RIBA) et de la Société Suisse des Ingénieurs et Architectes, elles inscrivent leur pratique dans un dialogue constant entre recherche, transmission et production.

Crédit photo : Mikoü Architectures

UN TERRAIN N’EST JAMAIS VIERGE, IL ARRIVE CHARGÉ.

Salwa et Salma Mikoü lisent les lieux comme des archives vivantes, traversées de récits visibles et enfouis. Leur architecture ne cherche pas à effacer ce qui précède : elle s’y glisse, prolonge, recompose.

La rénovation de l’atelier d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé à Paris incarne cette posture. Plutôt qu’une restauration muséale, elles imaginent une transformation habitée, où le projet dialogue avec l’empreinte du couturier. L’espace devient palimpseste : chaque intervention contemporaine révèle la mémoire sans la figer.

Même attention dans la réhabilitation et l’extension de la piscine Art déco de Bruay-La-Buissière. L’ajout contemporain ne cherche pas l’imitation : il accompagne l’existant, prolonge son rythme, amplifie sa présence. Chaque site génère ainsi une architecture qui ne s’impose pas mais se déploie à partir de ce qui était déjà là, traces, silences, usages latents.

L’ART DE TRAVAILLER AVEC L’EXISTANT

Crédit photo : Mikoü Architectures

La réhabilitation constitue l’un des territoires privilégiés de l’agence. Salwa et Salma Mikoü abordent chaque bâtiment existant comme un organisme vivant, doté d’une logique interne qu’il faut comprendre avant de transformer. Leur approche échappe à la nostalgie comme à la démonstration spectaculaire. Elle repose sur une lecture attentive des structures, des matériaux et des usages hérités. Le projet devient un acte de traduction : révéler des potentialités enfouies, ouvrir des continuités, inscrire le présent sans effacer les strates antérieures. Cette expertise se prolonge aujourd’hui à Londres avec la transformation des arches de Hackney en studios de mode, un chantier qui illustre leur capacité à reprogrammer des infrastructures existantes sans en effacer la mémoire industrielle. Dans cette pratique, la contrainte patrimoniale devient levier d’invention.

L’INTELLIGENCE DE L’ASSEMBLAGE

Depuis plusieurs années, l’agence développe une recherche réunissant ingénieurs et industriels autour de l’histoire des prototypes constructifs du XXe siècle. Cette archéologie technique nourrit une réflexion très actuelle sur la préfabrication, la modularité et la précision de l’assemblage. Pour les sœurs Mikoü, l’écologie s’inscrit d’abord dans la structure. Elles explorent une architecture bas carbone fondée sur la rigueur industrielle autant que sur la finesse artisanale. La technologie ne remplace pas la main : elle en étend la portée.

Hôtels, spas, résidences, manufactures ou équipements culturels composent un territoire d’expérimentation où innovation matérielle, ressources biosourcées et savoir-faire locaux cohabitent sans hiérarchie. Cette pensée systémique s’enracine dans leurs trajectoires auprès de Jean Nouvel et Renzo Piano, dont elles retiennent une leçon essentielle : penser le projet comme un organisme total.

APPRENDRE L’ESPACE

L’architecture éducative occupe une place singulière dans leur production. Les campus et écoles conçus par l’agence ne sont pas de simples programmes fonctionnels : ils deviennent des environnements d’apprentissage spatial. Le Campus expérimental Simone Veil à Boulogne-Billancourt, l’école et centre de loisirs du Bailly ou le collège Jean Lurçat à Saint-Denis explorent des typologies ouvertes, capables d’accompagner des pédagogies évolutives. Le campus scolaire zéro énergie des Docks de Saint-Ouen pousse cette logique plus loin encore, en articulant performance environnementale et qualité d’usage. Ces projets interrogent la manière dont l’architecture peut former des individus autant qu’elle les abrite. Les circulations, les seuils, les espaces intermédiaires deviennent des lieux d’expérimentation sociale.

DES ESPACES POUR HABITER L’ENTRE-NOUS

L’architecture de l’agence ne vise pas la monumentalité mais la densité relationnelle. Les bâtiments sont conçus comme des milieux capables de produire de la proximité. Chaque séquence spatiale accueille l’imprévu, encourage les circulations humaines et multiplie les occasions de rencontre.

Les rituels ordinaires, attendre, traverser, se rassembler…deviennent matière de projet. L’agence s’intéresse à ces micro-scènes quotidiennes qui façonnent le vivre-ensemble et donnent naissance à une architecture profondément sociale.


ARTICLE PAR Rédaction
CRÉDIT PHOTO Mikoü Architectures

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