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vendredi 15 octobre 2021

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L’ARCHITECTURE POUR ACCOMPAGNER LE HANDICAP MENTAL

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HOSNA AHANGUIR

L’image que projettent les hôpitaux psychiatriques aujourd’hui au Maroc, est souvent celle de l’enfermement et des mauvais traitements. L’aspect extérieur de l’hôpital psychiatrique doit être représentatif de la qualité de l’environnement intérieur. Grâce à l’architecture, nous pouvons accompagner le soin en psychiatrie, en offrant aux malades mentaux un lieu de guérison plus adapté.

LA PSYCHIATRIE AUJOURD’HUI AU MAROC

Après avoir été l’un des pionniers à offrir des soins psychiatriques dans des structures spécialisées, avec notamment le Makhistan de Sidi Frej à Fès, le Maroc est aujourd’hui marqué par un déficit relativement important dans ces structures hospitalières psychiatriques. Nous pouvons compter 2400 lits dédiés à la psychiatrie au Maroc comparé à 6000 en Algérie et plus de 57 000 lits en France.

Des chiffres inquiétants, d’autant plus que les quelques centres psychiatriques qu’on retrouve sont généralement dans un état défectueux, insalubre et souvent source de danger pour les patients et les soignants.

Au coeur de l’actualité, après la fermeture urgente de Bouya Omar, le besoin en structure hospitalière psychiatrique est plus pressant aujourd’hui qu’il ne l’était il y a une vingtaine d’années, quand les croyances portaient plus sur les marabouts et l’exorcisme.

Ainsi, aujourd’hui il y a une forte volonté de créer des hôpitaux psychiatriques, car le besoin se fait beaucoup sentir. Mais quel hôpital pour l’handicapé mental aujourd’hui au Maroc ? Allons-nous suivre le modèle répétitif, celui d’un bâtiment qui renvoie à l’image d’enfermement, avec des barreaux aux fenêtres, car la question de sécurité l’oblige, des façades austères et des intérieurs inadaptés? Si nous devons créer un modèle d’hôpital psychiatrique, celui-ci doit suivre les besoins de ses utilisateurs. Car bien souvent, l’environnement hospitalier devient un facteur de gêne et de handicap dès lors qu’il est en inadéquation avec les attentes et les capacités de ses usagers. Le malade mental peut percevoir le monde d’une façon différente, certaines choses qui nous semblent normales peuvent être des éléments perturbateurs et facteurs de stress pour lui.

UN PROJET ARCHITECTURAL QUI REDONNE UNE NOUVELLE IMAGE À LA PSYCHIATRIE

À travers ce projet, nous avons étudié les besoins du malade mental interné au centre de soins psychiatriques, pour lui offrir un lieu de soins confortable et humanisant, qui empêchera certains troubles du comportement (colère, anxiété, dépression…) de se manifester. Nous avons donc imaginé un bâtiment au centre de la métropole Casablanca, un substitut au centre psychiatrique universitaire actuel, qui se situe au quartier des hôpitaux et qui connaît un vrai délabrement. Nous recommandons une nouvelle image à la psychiatrie, en redonnant l’envie aux soignants et aux soignés de se rendre au centre de soin psychiatrique, et ce grâce à certains éléments de conception.

Contrairement aux hôpitaux somatiques, le programme d’un hôpital psychiatrique est beaucoup moins dense. Mais la particularité du soin réside dans tout le volume du bâtiment. Pour cela, nous avons pensé le bâtiment dans sa forme, pour qu’elle soit tout d’abord acceptée dans l’esprit du patient, et qu’elle soit adoptée par la ville. L’architecture circulaire du bâtiment lui confère à une allure souple et fluide. Le choix de la forme suit une notion symbolique de protection, mais également une fonction importante, celle d’offrir une circulation simple et fluide pour le patient. Généralement, nous allons trouver des modèles d’hôpitaux en x ou en y, garantissant une surveillance sur l’ensemble des circulations. Cependant, ces formes architecturales deviennent généralement complexes et difficiles au repérage, en ajoutant également un caractère stressant et angoissant pour les patients, si elles sont exigües, mal éclairées par la lumière naturelle, et supérieures à une longueur de 20m.

Ainsi, nous créons avec cette forme circulaire, une circulation en boucle où il est impossible de se perdre. Nous avons privilégié une circulation fluide et lumineuse donnant sur un espace vert. En favorisant également le repérage dans notre circulation et en créant des élargissements qui deviendront des points de rencontre matérialisés par des chaises. Ainsi, nous encourageons la sociabilité des patients et leur interaction avec autrui. L’objectif étant de créer un confort d’esprit et d’empêcher des troubles anxieux ou dépressifs de se manifester.

Pour répondre à la question de sécurité qui est importante dans un hôpital psychiatrique, et sans tomber dans un aspect d’enfermement avec des barreaux aux fenêtres, nous avons imaginé une double peau constituée de lamelle en bois, elle aura pour double fonction, d’assurer la sécurité des patients et de maîtriser l’ensoleillement.

Dans le but d’être adopté par la ville, et d’être accepté dans les moeurs, nous mettons en oeuvre une architecture au caractère épuré, aux matériaux naturels tel que le bois ou la pierre. Le bâtiment est conçu en forme de deux anneaux liés et formant une boucle, avec une entrée et une sortie (inspiré du Makhistan et symbolisant un parcours du patient dans le soin). La hauteur du bâtiment est de 11 m au niveau du boulevard, et elle épouse le niveau du sol au niveau du parc arboré, ce qui le rend encore plus respectueux de l’échelle humaine et de son voisinage. Au centre des deux anneaux, on trouvera des jardins aménagés et des terrasses pour les patients, permettant ainsi de maintenir un contact continu avec la nature et le calme qu’elle peut procurer. Le patient, grâce à ces grandes ouvertures sur des espaces extérieurs, peut ainsi se sentir en sécurité, libre, et protégé.

Par ailleurs, nous estimons que le personnel et les patients hospitalisés, passent de 80% à 90% de leur temps à l’intérieur, une mauvaise exposition au cycle de la lumière naturelle peut entraver le cycle hormonal, causant des troubles du sommeil ou de dépressions. Il semblait primordial alors d’exposer l’intérieur de notre hôpital au cycle de lumière naturelle. Ainsi, l’introversion de notre bâtiment nous permet de créer de grandes surfaces vitrées, donnant sur les cours intérieures, sans entraver la sécurité du patient. De cette façon, le personnel et les patients peuvent profiter d’une lumière naturelle tout au long de la journée dans tout l’hôpital.

Le patient reste au centre de notre acte conceptuel, et nous avons souvent remarqué chez lui cet intérêt à regarder par la fenêtre pour observer les allées et venues des passants. Cela lui procure un sentiment d’évasion et de liberté, et lui permet de rester en contact avec le monde extérieur. Nous accentuons donc cet aspect-là, en créant un parvis en face de notre hôpital. Il sera fréquenté par des individus tout au long de la journée, le patient pourra ainsi garder un lien avec l’extérieur, qui lui permettra une facilité d’intégration dans la société et à la ville vers la fin de son traitement.

Pour ajouter à cette capacité d’intégrer une vie active un jour, nous avons inclus au sous-sol de notre hôpital une programmation complète, qui permettra une activité physique manuelle et intellectuelle du patient. Un étage d’expression dédié au patient, qui mettra en oeuvre la thérapie occupationnelle, qui est un outil de guérison essentiel pour la maladie mentale. Tous ces ateliers donnent sur l’une des cours centrales, qui feront baigner l’étage du sous-sol sous une lumière naturelle.

Nous proposons une réponse architecturale, qui prend en considération le patient, sa façon de percevoir son environnement et aussi son style de vie, pour lui offrir un lieu d’expression et de détente, où il acceptera le soin.

Le but étant de réconcilier le patient avec l’hôpital psychiatrique, et la ville avec l’hôpital psychiatrique. Une relation longtemps mise en péril, au détriment de la santé mentale de ces individus.

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